Archives de catégorie : Pensées

L’éternel étudiant

Il est bien loin le temps ou je prenais le temps d’apprendre, assis sur les bancs de l’université, à écouter des profs parler à longueur de journées. Aujourd’hui c’est moi le prof et non, je ne parle pas, je ne professe pas, je n’enseigne pas : je créée des contextes que j’estime être favorables aux apprentissage et je me tait. J’observe les élèves. Je cherche à comprendre leurs difficultés et surtout, je continue d’étudier et d’apprendre… Mais je n’apprends plus l’informatique maintenant que je « l’enseigne », j’apprends à comprendre comment font les élèves pour comprendre, pour apprendre, pour résoudre des problèmes, pour imaginer de nouvelles solutions, pour gérer leurs émotions, pour grandir de leurs interactions sociales. En même temps, je lis, je réfléchis, je cherche, j’expérimente, je doute, je me fatigue, je prends du plaisir, j’avance, vite, très vite. Et dans ce tourbillon en accélération incessante, j’observe les années passées en me disant : tu dois prendre le temps d’apprendre, en enseignant ce que tu découvres à tes collègues (cf: enseigner c’est apprendre deux fois). Tu dois écrire de temps en temps un petit billet sur ce blog, partager tes pensées, tes doutes et tes découvertes. Mais il y a toujours une chose plus urgente à préparer pour le lendemain et les journées, les semaines, les mois, les années passent. Je regarde pensees-pedagogiques et je frissonne de voir tout ce qu’il me faudrait écrire pour expliquer ce que j’ai appris et découvert ces dernières années ! Heureusement j’ai commencé une thèse qui, je l’espère, m’aidera à synthétiser quelques unes de ces pensées et de ces expériences. Quoi qu’il en soit, il est bien loin le temps ou je prenais le temps d’apprendre.

Éducation nouvelle

Et sur les indications du diable, on créa l’école. L’enfant aime la nature : on le parqua dans des salles closes. L’enfant aime voir son activité servir à quelque chose : on fit en sorte qu’elle n’eût aucun but. Il aime bouger : on l’obligea à se tenir immobile. Il aime manier des objets : on le mit en contact avec des idées. Il aime se servir de ses mains : on ne mit en jeu que son cerveau. Il aime parler : on le contraignit au silence. Il voudrait raisonner : on le fit mémoriser. Il voudrait chercher la science : on la lui servit toute faite. Il voudrait s’enthousiasmer : on inventa les punitions. […] Alors les enfants apprirent ce qu’ils n’auraient jamais appris sans cela. Ils surent dissimuler, ils surent tricher, ils surent mentir.

 

Adolphe Ferrière
Cofondateur en 1921 de la Ligue internationale de l’éducation nouvelle

Technologies Numériques et Éducation Nouvelle

« La révolution numérique est sans doute une incitation à faire plus que d’injecter de nouveaux matériels numériques dans une école à la forme inchangée, ou même de n’aborder que la question de la transformation des espaces. C’est un appel à formuler d’abord un nouveau modèle politique d’éducation qui permette à tous les citoyens en devenir d’habiter en pleine responsabilité et en pleine pensée critique la société de l’information dans laquelle ils vivent. Et ce modèle orientera l’évolution des métiers, des contenus, des temps et des lieux de l’éducation. »

https://blogs.mediapart.fr/jean-pierre-veran/blog/110117/cultures-numeriques-l-ecole-par-dela-l-incertitude-quelle-question

Emmanuelle Duez

 

Symptôme Y :

  • Super pouvoir dans ses mains : le numérique.
  • Génération omnisciente – le savoir à porter de clic.
  • Présomption de compétences.
  • Changer le rapport à l’entreprise.
  • Partir des entreprises.
  • Faire passer le pourquoi avant le comment.
  • Ambition de s’accomplir avant celle de réussir.

 

Symptôme Z :

  • Le Z devient son propre patron.
  • Le centre d’emploi devient le Z.
  • 13 métiers différents à moins de 30 ans.
  • Évolue dans un monde régie par l’obsolescence des compétences ou rien ne sera jamais pour jamais.
  • La plupart des métiers qu’ils feront dans 5 ans n’existe encore pas.
  • A quoi sa sert l’école pour faire un job qui n’existe pas encore ?

 

La conclusion du Z :

  • Je serai entrepreneur de ma formation.
  • On apprendra de moi demain.
  • L’entreprise sera une entreprise apprenante, diplômante ?
  • Apprendre de l’école : 7% uniquement…

 

Ma conclusion de « vieux » prof :

  • Sachant que ce qui est dit ici a de grande chance d’être visible demain.
  • Sachant que je forme des élèves pour l’école de la vie.
  • Que dois-je leur apprendre qui pourrait leur servir dans cette vision d’avenir ?
  • Qu’est-ce qui sera important pour eux ?

La parole et le silence

Entre :
 Ce que je pense,
Ce que je veux dire,
 Ce que je crois dire,
 Ce que je dis,
 Ce que vous avez envie d’entendre,
 Ce que vous croyez entendre,
 Ce que vous entendez,
 Ce que vous avez envie de comprendre,
 Ce que vous croyez comprendre,
 Ce que vous pouvez comprendre,
 Ce que vous comprenez,
 Il y a dix Autant de possibilités que l’on ait des difficultés à communiquer.
 Mais essayons quand même… ”

Encyclopédie du savoir relatif et absolu
Edmond Wells / Bernard Weber

 

Concluons en citant Roger Cousinet :
‟ Arrêtons d’enseigner pour que les élèves puissent commencer à apprendre ! ”

 

Rôle de l’enseignant

Selon moi, l’enseignant n’incarne pas le savoir, ni le transmet :

  • Il créée un climat et des conditions favorables pour faire apprendre aux élèves à faire les choses, en les faisant (Philippe Meirieu).
  • Il créée des situations problèmes dans leur zone proximale de développement pour exciter leur curiosité, susciter le conflit cognitif et développer le regard critique et la créativité (Lev Vygotski).
  • Il plonge l’apprenti dans des projets concrets pour qu’il puisse développer son autonomie, prendre en charge son propre apprentissage et améliorer son savoir-être (Henry Boudreault).
  • Il créée des espaces de métacognition pour développer chez l’apprenant la pratique réflexive (Philippe Perrenoud).

Et vous ? Quel enseignant êtes-vous ?

Supplique d’un enfant à ses enseignants

L’École

par Jacques Salomé

 

Apprenez-nous l’enthousiasme.
Enseignez-nous l’étonnement de découvrir.
N’apportez pas seulement vos réponses.
Réveillez nos questions.
Accueillez surtout nos interrogations.
Appelez nous à respecter la vie.

Apprenez-nous à échanger, à partager, à dialoguer.
Enseignez-nous les possibles de la mise en commun.
N’apportez pas seulement votre savoir.
Réveillez notre faim d’être.
Accueillez nos contradictions et nos tâtonnements.
Appelez nous à grandir à la vie.

Apprenez-nous le meilleur de nous-mêmes.
Enseignez-nous à regarder, à explorer, à toucher l’indicible.
N’apportez pas seulement votre savoir faire.
Réveillez en nous le goût de l’engagement.
Accueillez notre créativité pour baliser un devenir.
Appelez nous à enrichir la vie.

Apprenez-nous la rencontre avec le monde.
Enseignez nous à entendre au-delà des apparences.
N’apportez pas seulement de la cohérence et des bribes de vérités,
Éveillez en nous la quête du sens.
Accueillez nos errances et nos maladresses.
Appelez-nous à entrer dans une vie plus ardente.

Il y a une urgence vitale.

 

“Minuscules aperçus sur la difficulté d’enseigner” (2004)
Jacques Salomé

Est-ce que le savoir est obsolète ?

 

Je souhaite aider à la construction d’un futur pour l’apprentissage, en aidant les enfants à travers le monde à mettre en oeuvre leur réflexion et leur capacité à travailler en groupe, dans des environnements d’apprentissages auto-organisés. Aidez-moi à créer ces écoles. Je les appellerai l’école dans le cloud. Cela sera une école dans laquelle les enfants auront ces expériences intellectuelles, dirigées par ces grandes questions posées par les professeurs.

Sugata Mitra
1994