Le dilemme pédagogique

Rien ne se fait sans désir. Imposer quoique ce soit au sujet s’il n’en manifeste pas le désir, c’est s’exposer au refus ou engendrer le rejet.

Les individus ne demandent, le plus souvent, qu’à se complaire dans la facilité et la consommation passive. Il faut leur « forcer la main » pour leur imposer des objets culturels qui exigent toujours un effort.

Pour aider quelqu’un, il suffit de l’écouter et de lui communiquer, par la confiance qu’on lui témoigne, la détermination nécessaire pour qu’il trouve en lui-même les ressources pour surmonter ses problèmes. Personne n’a jamais pu résoudre le problème de quelqu’un d’autre.

L’exercice de l’autorité est toujours pervers car il s’accompagne systématiquement de la menace – implicite ou explicite – d’une sanction ; il maintient donc les sujets dans la dépendance et l’aliénation.

Un sujet n’est agressif que s’il est agressé ; l’éducation consiste donc à créer un environnement favorable qui rendra la violence inutile, voire impossible.

On ne peut désirer ce que l’on ignore ; on ne peut aimer ce que l’on ne connaît pas. Attendre l’émergence du désir, c’est renvoyer à l’inégalité.

On n’apprend rien que l’on n’a pas soi-même redécouvert et reconstruit. Les seuls apprentissages qui comptent sont ceux que le sujet effectuent activement, selon sa propre démarche, en s’affrontant lui-même aux difficultés qu’il rencontre pour les dépasser.

Ce qu’il faut d’abord connaître, pour faire oeuvre d’éducation, c’est la psychologie. Par sa démarche – centrée sur le sujet – comme par les connaissances qu’elle a élaborées, elle nous livre l’essentiel de ce que nous devons prendre en compte.

Eduquer quelqu’un c’est l’intégrer dans la société ; c’est donc lui apprendre à se soumettre aux règles que cette société lui impose pour réussir. La véritable liberté est celle de l’homme qui vit dans la Cité en se soumettant à la loi commune.

L’autorité permet à l’individu de structurer sa personnalité. Sans elle, il se mettrait en quête de limites et sombrerait dans la violence.

L’essentiel, à rechercher en toutes circonstances, est l’épanouissement des personnes, la découverte et la mise en valeur de la richesse de chaque sujet. Les apprentissages doivent être intégrés dans cette dynamique.

Pour aider quelqu’un, il faut lui fournir des informations et des outils intellectuels lui permettant de se comprendre et de comprendre la situation dans la quelle il se trouve. Faire l’économie d’un apport extérieur et ne renvoyer le sujet qu’à lui-même c’est le nourrir d’illusions narcissiques et l’enfermer dans ses difficultés.

L’éducateur doit se mettre au service de la demande exprimée par les sujets ; le respect de cette demande est incontournable. Ne pas en tenir compte c’est mépriser les sujets, se couper d’eux et donc renoncer, à terme, à la moindre efficacité.

Tout véritable apprentissage exige une rupture avec d’anciennes représentations ou des préjugés antérieurs. Il requiert donc une intervention extérieure ou urne situation particulière qui contraignent le sujet à modifier son système de pensée.

Parce qu’il est d’abord, qu’il le veuille ou non, un agent social, l’éducateur doit disposer des informations lui permettant de comprendre ce rôle ; parce que la société lui demande d’accroître les compétences des sujets, il doit maîtriser parfaitement ces compétences. C’est donc aux ressources de la sociologie et de l’épistémologie qu’il doit faire appel.

Chaque sujet a une personnalité irremplaçable et constitue en lui-même une richesse irréductible à l’ensemble des influences qu’il reçoit comme des fonctions sociales qu’il est amené à assumer.

L’essentiel, pour un éducateur, est de faire acquérir au sujet les compétences techniques qui seront les plus utiles à la société dans laquelle il se trouve. Cela l’amène souvent à lui faire effectuer des apprentissages sans rapport avec son projet personnel.

Eduquer quelqu’un, c’est lui apprendre à penser par lui-même et à n’effectuer que les actes qu’il aura librement décidés.

Le sujet cherche toujours son plaisir au détriment d’autrui et l’agressivité est une composante fondamentale de la « nature humaine ». L’éducation consiste à remplacer, chez le sujet, le principe de plaisir par le principe de réalité.

Le sujet n’est que le produit de son éducation et cette éducation n’est que la somme des déterminations (physiologiques, sociales, etc.) auxquelles il est soumis.


 Philippe Meirieu, « Apprendre… oui, mais comment ? » (1993), Ed. ESF, pp. 31-32.

Une réflexion au sujet de « Le dilemme pédagogique »

  1. Vous l’aurez compris, le problème c’est que tout est vrai à la fois, ce qui est contradictoire. C’est ça la richesse de notre profession : il y a autant de profs que d’équilibres différents trouvés dans l’ensemble de ces « vérités ».

    Quel genre de prof êtes-vous ? Et pourquoi ?

    CB

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de recharger le CAPTCHA.